En plein épisode caniculaire, la crème du plumfoot français s’était réunie au CREPS les 20 et 21 juin pour les phases finales du Championnat de France.
À quoi ça ressemble, une compétition de haut niveau par plus de 30° ? Notre reporter vous livre ses impressions. Il s’agira probablement du dernier article-fleuve sur une compétition nationale, ce format étant un peu chronophage. Mais sans entrer dans les détails de tous les matchs et des résultats de chacun, la rédaction de France Plumfoot vous proposera sûrement de continuer à suivre nos compétitions en se concentrant sur les faits les plus marquants.
Samedi 20 juin, le double : examen réussi pour Etienne et Triet
Il fait « seulement » 25 degrés vers 9h, mais les joueurs mobilisés pour installer les terrains ont déjà la sueur au front après avoir déplacé les lourds poteaux de badminton. Le week-end va être long… d’autant que les ventilateurs installés au plafond du gymnase ne pourront pas être mis en marche : le brassage d’air perturbe le vol des plumes.
Les premières rondes de matchs de poules s’enchaînent, le ton de cette compétition est donné ; les muscles s’échauffent vite, mais le défi est là : comment mettre de l’intensité sans entrer en surchauffe ? Dans ces conditions extrêmes, il est aussi difficile de parvenir à conserver sa concentration. Le calme et la plénitude nécessaires à la pratique du plumfoot peuvent vite se transformer en torpeur.
Les matchs de poule présentent un enjeu limité, car ils doivent simplement servir à effectuer les appariements pour les quarts de finale. Cela n’empêche pas les outsiders de jouer leur va-tout : ainsi dans la poule A, Antoine et Matteo vont prendre un set à Charlie et Jérémy, de même que Huong et Quang qui en chipent un à Etienne et JB. Dans une poule B plus dense, on a carrément droit à des matchs du dernier carré avant l’heure : avantage aux champions en titre Corentin et Maxence, mais ils durent sévèrement batailler contre les vice-champions 2025 Ayman et Xavier, et les autres principaux candidats au titre, Etienne et Triet.
La pause déjeuner à la cantine du CREPS offre à chacun l’occasion de reprendre des forces autour d’un repas (chaud !), avant la suite de la compétition qui s’annonce encore plus intense, malgré un thermomètre qui continue de grimper.
En quarts de finale, les favoris ne tremblent pas, à l’exception de Charlie et Jérémy qui s’autorisent un petit faux-pas contre François et Thomas (21-8, 19-21, 21-9).
Les efforts consentis par ces derniers allaient probablement leur peser sur les jambes lors des reclassements, puisqu’ils s’inclinèrent sans vraiment trouver de solution contre Etienne S. et JB. Huong et Quang s’empressèrent de saisir l’occasion : après avoir été éliminés par Antoine et Matteo dans un match-fleuve en 3 sets, les CDP voulaient remporter leur dernier match. En signant une victoire convaincante et inattendue contre François et Thomas, la K-Tech team que beaucoup auraient imaginé bonne dernière s’empare de la 7e place.
Derrière le premier carré, le match pour la 5e place sent la poudre. Après avoir signé une première victoire assez facile contre les Parisiens expérimentés Etienne S. et JB en poule, les jeunes Nordistes aux dents longues Antoine et Matteo voulaient confirmer sous pression. Sauf qu’au vu de l’enjeu et des progrès des Grenats, qu’ils ont pu constater le matin, les Franciliens resserrent le jeu et haussent leur niveau. Ça donne une rencontre serrée, aboutie, une opposition de style entre des Quesnoisiens plus tranchants et des Parisiens un poil plus en place. Au bout de la journée (le troisième set se prolongera plus tard que la finale), les vétérans s’imposent dans un mouchoir de poche (18-21, 21-17, 22-20) et renvoient leurs cadets à leurs chères études… à suivre !
En demi-finales, Etienne G. et Triet survolent le derby putéolien face à Charlie et Jérémy, sans laisser aucune chance à leurs camarades. Etienne G., qui avait échoué aux portes de la finale la saison précédente, avait à cœur « d’être là c’t’année », aussi fait-il preuve d’une grande application en évitant de laisser de l’air à ses adversaires, bien aidé par la qualité des passes et de la défense de son partenaire qui avait travaillé à la vidéo.
Le suspense est plutôt à chercher du côté du remake de la finale de l’année précédente. Ayman et Xavier, dont le niveau continue inexplicablement de monter malgré leur âge canonique, sont bien décidés à se venger de Corentin et Maxence.
On pense que les joueurs de l’équipe de France ne vont pas s’en laisser conter. Mais peu inspirés, handicapés par la blessure de Maxence à la cheville plus tôt dans la journée, les champions 2025 doivent s’incliner (20-22, 13-21) sans pouvoir défendre leur titre en finale. Cela ne les empêcha pas d’aller tout de même chercher une place sur la boîte, en allant s’imposer en petite finale contre Charlie et un Jérémy lui aussi diminué.
La nouvelle finale, comme l’année précédente, Ayman et Xavier tentèrent d’aller chercher un titre. Mais Etienne G., revanchard après avoir été éliminé par les deux comparses en 2025, n’allait certainement pas louper une occasion de renforcer sa collection de médailles, qui plus est face au coach de l’équipe de France quelques mois avant la coupe du Monde. La Gastingue est bien servie par un Triet appliqué, et les deux compères putéoliens font le boulot en défense pour obliger Ayman à prendre des risques sur les offrandes de Xavier. Une belle finale dans l’ensemble, dans laquelle les Parisiens ne parviennent pas à faire durer le suspense et s’inclinent 16-21, 14-21. Si ce nouveau titre doit mettre du baume au cœur d’Etienne G. dont la domination est aujourd’hui contestée, on ne doute pas que l’émotion dut être plus fort pour Triet qui remporte son premier titre après un examen passé, avec mention s’il vous plaît !
La journée de compétition se termine donc tôt et c’est tant mieux, parce qu’il y a des matchs de coupe du monde à regarder et qu’il faut aller se coucher pour l’entame très matinale du lendemain… Juste le temps pour les compétiteurs d’aller trinquer en vitesse au restaurant Les Machines.
Dimanche 21 juin, le simple : coup double pour Etienne !
Tous au gymnase à 8h : ce rendez-vous à l’aube doit nous permettre de disputer l’ensemble des matchs de simple dans la matinée, afin d’éviter les plus fortes chaleurs. Chez les messieurs, le format de la journée a été adapté, avec un tableau à élimination directe en commençant directement par les huitièmes de finale. Cela ne laisse aucune place à l’erreur pour ceux qui visent une place sur le podium, même si des reclassements sont prévus ensuite. L’absence de plusieurs invités de marque (le champion en titre Corentin, mais aussi Maxence, Jérémy ou encore Alessandro) aiguise par ailleurs les appétits des seconds couteaux. Le titre, lui, semble promis à Etienne G. qui fait figure d’archi-favori.
Les huitièmes de finale s’enchaînent, sans grosse surprise à signaler, les têtes de série assurant toutes leur passage en quarts. Toutes ou presque, puisque Dany dut s’incliner face à Triet au bout d’un match héroïque en 3 sets.
Il fallait attendre les quarts de finale pour voir de l’enjeu, et notamment voir se dessiner un tableau relativement déséquilibré : Ayman et les deux Etienne du même côté ! Battu par Etienne S. à la compétition précédente, le Pharaon prit sa revanche de la plus belle des manières : affichant un niveau de jeu étincelant, il parvint à disposer de son rival en 2 sets à sens unique, pour une place en demi-finale.
Le favori Etienne G. ne se laissa pas aller aux atermoiements qui ont pu conduire à l’accuser de nonchalance par le passé. Il n’y a plus de parties pédagogiques, pour lesquelles le seigneur Gastineau arrive en jogging et trolle en distribuant des cloches à droite à gauche, laissant le challenger mener ou même prendre un set. Désormais, ça tartine sans relâche et ça met tarif à tout le monde, comme contre Antoine en quarts. Dans cette journée de simple, à part Quang de bon matin, personne ne parviendra à inscrire plus de 10 points lors d’un set contre le Putéolien… dur !
Dans la partie de tableau plus ouverte, les affiches voyaient s’opposer des jeunes loups en attente de confirmation en simple à des vieux briscards, amateurs de l’exercice et bien décidés à saisir l’opportunité d’aller chercher une médaille.
Titré la veille en double, Triet n’affichait pas ses ambitions mais avait à cœur de jouer le mieux possible pour réussir ses « examens », et voir jusqu’où son jeu propre et léché pouvait le porter. Lors du premier set de son quart de finale contre JB, le Putéolien livra une copie parfaite, travaillée sans relâche à l’entraînement : montée de balle au cordeau depuis n’importe quelle zone du terrain, attaque puissante et précise pour crucifier le Colonel bien en peine en défense. Mais dans son style physique, le nouveau président de France Plumfoot l’obligea dès le début du 2ème set à livrer un combat âpre : fini la démonstration technique, il allait falloir laisser des tripes sur le terrain. Après avoir évité le K.O., JB finit par s’emparer d’une victoire aux points au bout du 3e round (8-21, 21-11, 21-16).
Matteo avait lui aussi à cœur de profiter de cette opportunité historique : malgré des performances parfois très convaincantes, le Nordiste est toujours à la recherche d’une grande victoire de référence. Face à François, il dispose d’une belle occasion pour faire son entrée dans le dernier carré. Malheureusement pour lui, un peu écrasé par l’enjeu, Matteo ne parvient pas à afficher son meilleur niveau. Sans avoir besoin d’enchanter le filet, le sorcier de l’Anjou et sa chemise dragon fétiche laissent le Nordiste commettre les erreurs et filent en demi-finale (21-10, 21-17).
Le tableau de reclassement 9-16 est remporté de manière convaincante par Thomas, tombeur de Nico, Quang et enfin de Mathieu. Un joli résultat pour une saison de reprise, après 4 ans à manger des nouilles en Chine avec Li Haishan, sans toucher à une plume… ou presque, si l’on compte la fois où il se fit mettre au coin dans un gymnase de la lointaine banlieue de Pékin, sommé de réussir 100 jongles de l’intérieur du pied pour avoir le droit de jouer avec les autres.
La 11e place revient à Dany, sorti victorieux dans le classico contre Quang : si nos stats sont exactes, cela faisait assez longtemps que ça n’était pas arrivé.
Citons enfin une belle 13e place pour Nico, invité d’honneur par le COC pour remplacer un joueur forfait, qui en profita pour montrer aux jeunes générations ce que contrôler la plume veut dire.
Les reclassements 5-8 furent logiquement dominés par un Etienne S. piqué au vif après sa défaite contre Ayman, qui le privait de la possibilité de disputer un match pour le podium. L’increvable Titi parisien se vengea de son mauvais tirage en enchaînant deux victoires nettes et sans bavure contre Antoine et Mattéo.
Triet s’empara de la 7e place après avoir lui aussi affronté les Quesnoisiens : défait par Mattéo (6e), il dut livrer un nouveau match marathon contre Antoine. Malgré la fatigue, il parvint à éviter les pièges tendus par le pied gauche du Nordiste et s’imposa en 3 sets. On sent que Triet réalise une bonne progression sur le plan physique, qui était l’une de ses principales difficultés : mais où trouve-t-il toute cette énergie ?
En demi-finales, Etienne G. continua son carton plein, en giflant Ayman qui affichait pourtant un très bon niveau en simple cette saison. Dans le jeu, il fut sans aucun doute celui qui offrit la meilleure opposition de la journée au Putéolien (21-9, 21-9). Mais comment faire quand seule une attaque parfaitement réalisée permet de marquer le point à coup sûr ? Le Montreuillois dispose d’une condition physique et d’une maîtrise des bases que beaucoup de joueurs de simple peuvent envier, mais il n’est pas armé pour rivaliser contre un Etienne au top de sa forme. Et en simple, même s’il peut à tout moment faire pleuvoir le feu sur son adversaire, il lui manque parfois un Xavier pour allumer la mèche…
Le suspense est plutôt à chercher entre François et JB. Écœurant l’Angevin par sa couverture du terrain, ce qui lui vaudra de se faire honteusement traiter de « morpion » par son adversaire, le président livre un combat pied à pied dans un match très serré (17-21, 21-17). Il faut préciser que François ne pouvait pas attaquer (est-ce vraiment un handicap ?), mais surtout qu’il ne rendait pas sa meilleure copie au service, sa meilleure arme pour lutter contre le Parisien sans s’émousser physiquement. Au bout du bout du 3e set, François mène 20-16. Dans un scénario pas aussi rare qu’on pourrait le penser, JB parvient à y croire jusqu’au bout : il défend 4 balles de match pour s’imposer 22-20 et s’offrir une place en finale !
Ce sont donc Ayman et François qui se retrouvèrent une nouvelle fois en petite finale, en légendes. Même si on ne l’espère pas pour eux, peut-être leur dernière chance de s’offrir une médaille au championnat de simple. Sous pression donc, avantage à un Ayman décidément très fort cette saison, sûr de lui contre un François qui ne l’a pas battu depuis longtemps. Le Montreuillois s’impose finalement avec aplomb (21-14, 21-6) et se pare d’un bronze bien mérité.
On ne peut raisonnablement pas beaucoup développer sur une finale très déséquilibrée, lors de laquelle Etienne G. n’offrit aucune occasion à JB de gâcher sa fête. Malgré les précieux conseils de coaching, les temps morts pris et la volonté de jouer le beau jeu, il n’y avait pas la place pour faire douter un champion sûr de lui : le Putéolien lui infligea une autre de ses corrections (21-4, 21-6).
Après avoir récupéré sa couronne perdue en double, Etienne Gastineau conserve donc son titre en simple et va pouvoir continuer à jouer à Tetris dans l’armoire à trophées pour tout faire rentrer…
Chez les filles, les Parisiennes en force !
Dans la compétition féminine, après la phase de poules, le dernier carré rassemble Huong, Phuong Anh, Van et Caroline. Bravo à cette dernière pour cette qualification dans le tableau final, bien méritée après avoir une belle victoire en trois sets contre Julie. Plutôt prometteur pour une joueuse qui ne s’est mis que récemment à l’entraînement ! Parmi les participantes, on n’oublie pas la toute jeune Calie qui a livré un sacré combat contre ses aînées. Impressionnante en double cette saison, la Putéolienne doit sans doute attendre encore quelques années de croissance avant de pouvoir rivaliser en simple.
C’est fort logiquement que Phuong Anh et Huong se débarrassent de leurs adversaires respectives Caroline et Van en demi-finales, plutôt facilement faut-il le souligner. Ce fut un peu plus disputé dans le jeu entre Huong et Van. Malgré des progrès indéniables, cette dernière n’a pas encore la couverture de terrain et la maîtrise des bases qui lui permettraient d’inquiéter les deux meilleures.
La petite finale offrit toutefois l’occasion à Van d’aller chercher une nouvelle médaille de bronze face à Caroline, sans trop de suspens.
L’intensité était plus élevée dans la finale, un désormais classique affrontement entre Huong et Phuong Anh qui sont sans conteste les meilleures joueuses françaises dans l’exercice. Malgré la qualité du jeu produit, PA se heurte assez vite à la domination de son aînée : toujours impériale dans la couverture du terrain, Huong peut aussi accélérer le jeu grâce à des trajectoires de plumes bien tendues ou des renvois en une touche, qui obligent son adversaire à courir ou la prennent à contrepied.
Nouveau triomphe en championnat de France pour Huong, qui aura réussi une sacrée saison : le titre et un tournoi remporté en simple donc, mais aussi un titre en double mixte, ainsi qu’une médaille d’argent en double.
Les suiveurs les plus attentifs remarqueront que ce podium 100% parisien est identique à celui de l’année dernière. Il faudra attendre la saison prochaine pour savoir si la hiérarchie peut être bousculée !

On peut deviner la température sur le visage de certains compétiteurs en simple…
En guise de conclusion, félicitons une nouvelle fois les médaillés dans l’ensemble des épreuves. Parmi eux, nombreux seront ceux qui défendront les couleurs de la France lors de la coupe du Monde en Allemagne du 24 au 29 août. On leur souhaite beaucoup de réussite, et on vous invite à bien suivre France Plumfoot sur les réseaux sociaux car certains matchs seront diffusés en direct !